« Suspendue à un fil de Noël… » par Alice Moity, parent

Billet d’humeur extrait de La Lettre du Polyhandicap n°123, Décembre 2025

Gros plan sur des boules de Noël suspendues à un sapin.  Sur la plus grosse boule, le reflet d'une famille joyeuse, dont un enfant polyhandicapé. Titre : "suspendue à un fil de Noël"

Je tiens dans ma main cette boule de Noël, 

délicate et fragile, aux couleurs étincelles. 
Un fil si fin à peine visible, mais assez certain  
la reliera au sapin… 

Ce fil est juste assez 
pour que je plonge dans mes pensées… 
Mes mains, mon cœur et mon regard 
se souviennent de tout ce qui fait briller ton histoire. 

Tout a commencé avec ce coup de fil  
donné par la sage-femme ce matin d’avril. 
Tout a basculé dans ce fameux cabinet,   
duquel je suis repartie allongée, tétanisée

Tu n’as pas grandi, ni grossi, 
Pourquoi es-tu si petit ?  
Nous sommes reliés par ce fil,  
par ce fin cordon ombilical trop fragile, 
pourquoi ne puises-tu pas en moi, Sacha,  
ce qu’il te faut pour devenir toi ?  

Six ans et demi après,  
je sais que nous étions parfaitement reliés ! 

Ces fils de trois couleurs sur ta poitrine,  
donnent vie à ces courbes qui se dessinent  
sur ces écrans qui illuminent  
cette petite pièce qui nous mine. 

Nous resterons en réa  
durant plus de 2 mois 
en peau à peau sur papa ou moi  
plus souvent que dans cette boîte là ! 

Ta vie ne tenait qu’à un fil, 
durant ces semaines difficiles. 
Ton calme intriguant t’a valu une étiquette de fainéant  
de la part de ce médecin peu bienveillant. 
C’est ainsi que nous sommes rentrés fièrement, 
avec toi cette fois, mon sacré petit battant !  

Les jours défilent,  
avec cette impression de marcher sur un fil. 
Je ne suis pas funambule,  
j’avance de plus en plus dans ma bulle…  

Quelque chose cloche… 
Mon inquiétude ricoche… on me la reproche, jusqu’à en perdre mes proches.  

Je suis sur le fil du rasoir,  
non je ne perds pas espoir,  
mais je sais au plus profond de moi,  
que quelque chose ne va vraiment pas.  

Heureusement ce médecin là me croit !  
Tu as 4 mois mon petit chat,  
je veux comprendre ce qui ne va pas !  

À ce moment-là je t’ai comparé à une poupée…  
car allongé tes paupières restent fermées,  
pour voir tes jolis yeux bleus, il me faut te réveiller. 

Je ne supporte plus d’entendre que tu es le bébé rêvé …  
que c’est absurde de s’inquiéter ! 
Suis-je la seule à être dans la réalité ??? 
de ce manque manque de réactivité,  
de ce regard silencieux, figé… 

On avance de fil en aiguille,  
entourés de moins d’amis, moins de famille, 
vers un monde si différent :  
celui du polyhandicap, quel bouleversement !  

On ne comprend pas très bien…  
on nous dit que ton on cerveau ne fait rien 
de l’information que tes yeux lui renvoient.  
Qu’il en est autant pour chaque partie de toi.  
Manger, marcher, parler  
respirer, comprendre, assimiler,  
sont des enchaînements d’actions  
que ton cerveau n’ordonne pas de la bonne façon. 

Ok ! il suffit de trouver le faux contact non ? 
il y a forcément une solution, 
il faut juste chercher et trouver le fil conducteur … 
dans ce petit cerveau… hein mon petit cœur !  

La réponse à la question « pourquoi ? » 
après 6 ans de recherche on l’a : 
une mutation génétique  
il est là le Hic …   

La réponse à la question «  comment ? » 
on l’a depuis depuis un moment. 
on s’adapte jour et nuit pour t’offrir,  
tout ce dont tu as besoin pour sourire. 

Quant à la réponse à la question «combien de temps »  
elle me hante et reste en suspend, 
surtout quand on nous demande de préparer  
le pire de ce qui pourrait t’arriver… 

Soin palliatifs, directives anticipées,  
à six ans, c’est injuste d’avoir à en parler. 

Transformer un garage en pièce médicalisée,  
c’est injuste de devoir s’y atteler. 

Mais on te l’a promis, 
mon précieux chéri 
Tes frères, Papa et moi, 
on sera toujours là pour avancer avec toi. 

J’avance telle une funambule,  
sur ce fil qui tangue et bascule 
malgré le vertige, j’avance plus déterminée que jamais  
ton sourire, est le plus sécurisant des filets. 

Alors mon précieux Sacha,  
On l’attache où cette boule là ? 

Alice MOITY