Tous les êtres humains sont des êtres de communication

La communication est une donnée essentielle, un besoin de chaque être humain quelle que soit sa situation et l’accès à la communication est un droit fondamental consacré par les textes internationaux. Les personnes polyhandicapées n’ont généralement pas, ou très peu accès au langage oral. Elles sont cependant, quelle que soit la sévérité de leur handicap, des êtres de communication et communiquent à leur façon.
Mimiques et langage corporel : une étape primordiale

Gestes, attitudes corporelles, regards, tensions, mimiques, postures, attitudes, toute cette communication infra verbale qui peut aller jusqu’à la crise d’épilepsie ou à la fièvre sont autant de manifestations de communication. Ces manifestations, dont on ne possède pas de prime abord les clés de lecture, doivent, pour être décodées, faire l’objet d’une observation fine et surtout partagée entre famille et professionnels.
Essayer de comprendre tout ce langage corporel, ce qui est plus facile à dire qu’à mettre en œuvre, peut paraitre une première étape. C’est en réalité une étape primordiale. Un enfant, une personne qui se sentent compris dans leurs tentatives de communication seront encouragés à continuer ; au contraire une personne qui ne voit pas aboutir ses efforts aura tendance à se replier sur elle-même et à ne pas développer toutes ses potentialités, parfois discrètes mais pourtant bien présentes.
Au-delà, et englobant cette communication corporelle, existe une stratégie de communication, rendue obligatoire dans les établissements médicosociaux depuis juin 2025 : la CAA, Communication Alternative et Améliorée, qui vient pallier l’absence de langage oral à hauteur des possibilités de chaque personne.
La CAA offre, de l’observation de mimiques aux outils numériques, une large gamme de moyens humains et matériels permettant de communiquer autrement en l’absence de langage oral.
La CAA : une stratégie individualisée

La CAA n’est en aucun cas une méthode. Elle est une adaptation fine, vigilante, et tout à fait individualisée permettant de s’adapter au mieux et de développer les capacités d’expression de chaque personne.
Elle est toujours multimodale et, outre la communication corporelle qui concerne l’ensemble des personnes, inclut des outils sans aides techniques ou des outils technologiques et numériques plus sophistiqués.
Certaines personnes accèdent à une communication symbolique et peuvent s’appuyer sur des gestes, des signes, des objets, des photos, des images, des pictogrammes
D’autres peuvent bénéficier de nouvelles technologies plus élaborées, numériques, par exemple le « pointage oculaire », qui suppose des capacités notamment visuelles qui ne sont pas toujours au rendez-vous.
La CAA : une stratégie partagée

La CAA exige des évaluations fines, techniques et pluridisciplinaires (familles comprises) des capacités de chaque personne. Elle demande une véritable prise en compte des capacités et du désir de communiquer de chacun, une « présomption de compétences ». Elle est, aussi, un moyen de faire progresser des capacités intellectuelles et cognitives altérées. Elle demande beaucoup de temps car nous savons que la temporalité spécifique des personnes polyhandicapées implique des temps de latence particulièrement longs. Soulignons que la CAA ne peut s’exercer que dans le partenariat entre familles et professionnelles. Le savoir expérientiel des familles, fondé entre autres, sur la durée, est irremplaçable.
Enfin il faut souligner que si l’instruction du 23 juin 2025 ne fait qu’effleurer la question pourtant cruciale de l’accès à la CAA pour les familles, il est absolument indispensable que ces familles et les aidants soient formés au mode de communication proposé à leur enfant ou à leur proche, afin que la communication des personnes polyhandicapées soit aussi facilitée que possible partout où elles se trouvent, et notamment à leur domicile.
Quelques liens incontournables :

Isaac Francophone, l’association de référence en CAA dans l’espace francophone

Le Groupement National de Coopération Handicaps Rares (GNCHR), porteur du plaidoyer national pour le déploiement de la CAA, propose des ressources et outils pour les familles et les professionnels. »

L’ Agence Nationale d’Appui à la Performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) publie un guide pratique à destination des ESMS pour mettre en œuvre une approche globale et opérationnelle de la CAA . Il est complété par un autodiagnostic, des bonnes pratiques et des outils opérationnels.
Vous trouverez plus de liens utiles sur notre page « Ressources ».
Communication des personnes en situation de polyhandicap
AidForPoly – L’émission #3

44min – 2025